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La gentillesse n’est pas une faiblesse

Philippe LEFEUVRE & Claudia MILLARDO

October 21, 2020

Que t’inspire l’expression « la gentillesse est une faiblesse » ?


Bien souvent, la première chose qui vient en tête, est d’attribuer la gentillesse au monde des « Bisounours ». « Il est gentil » a souvent la connotation de « pas très fute fute ».

Il y a peu de temps je me suis rendue compte que c’était faux. Quand je sens le mot gentillesse dans mon corps et que je la visualise, je sens comme un cocon avec l’idée de prendre soin. Pour moi la gentillesse est très associée à la bienveillance. La bienveillance est une attitude que l’on a vers soi, envers l’autre, envers les autres. J’y vois même encore plus de douceur. La gentillesse est plus qu’une qualité, c’est une attitude en fait. C’est quelque chose que l’on peut nourrir, que l’on peut développer. La gentillesse c’est de prendre en compte les autres dans l’espace. Je considère la gentillesse comme une force.

Selon toi, la gentillesse est-elle un manque de respect envers soi-même ?


Non, parce que gentillesse ne veut pas dire que l’on est faible et que l’on dit oui à tout. On peut être ferme gentiment. Parfois on attribue à une personne : « elle est trop gentille » et là ça ne joue plus justement. De même que si je suis gentille envers les autres au détriment de moi-même, ça ne joue plus non plus. Pour moi, c’est vraiment une attitude de relation à soi, à l’autre, aux autres que l’on nourrit, ça fait partie de qui l’on est, avec nos valeurs. Sans oublier ma propre limite pour voir ce qui se cache dessous. C’est-à-dire, la personne qui est trop gentille, ce n’est pas ça en fait, c’est qu’elle n’ose pas dire non, elle a envie qu’on l’aime, elle va en faire trop, mais du coup elle s’oublie. Et là, effectivement, ça devient un manque de respect envers soi-même.

Et savoir dire non dans tout ça?


S’il y a une personne qui nous demande souvent du support, du soutien et que l’on veut être gentil on peut dire : « oui ». Si ça dure et que ça nous prend trop notre énergie, un jour on peut dire : « non, aujourd’hui ça ne me va pas » pour être juste avec soi-même. Dire : « non » et être gentil en même temps c’est possible et souvent salvateur.

As-tu un conseil à nous donner pour savoir dire non ?


Savoir dire non est un long apprentissage (sourire)… de soi. Pour savoir à quel comment dire non, nous devons nous connaître. Comment je peux savoir où est ma limite, à quel moment le vase va être trop plein si je ne sais pas ce qui fait que mon vase va être trop plein. Bien me connaître passe aussi par comment je me régénère, savoir quel est mon besoin. Une fois que tu connais tout ça tu sais à quel moment et comment tu vas dire stop. C’est vachement important d’oser de dire clairement ce qui est.

Gentillesse au travail, comment tu la perçois, avec les collègues, la hiérarchie ?


Pour moi c’est tellement fort, tellement un élément naturel de prendre soin des autres que j’ai appris à ce que ce ne soit pas au détriment de moi-même. Et quand j’étais salariée dans une boite pharma, je n’avais pas encore fait mes études de coaching, mais j’avais ce lien d’humain avec les autres et je n’arrivais pas à voir quelqu’un comme méchant. Mes collègues me disaient toujours : « toi de toute façon t’aime tout le monde ». Oui j’aime tout le monde, c’est vrai, mais je ne peux pas oser penser d’une personne « Mais quel co…. Systématiquement, je me disais : « dans cette situation, il y a quelque chose qui n’est pas adéquat avec lui…. » On ne peut pas dire que toute cette personne est un co... De ce fait, mes collègues me disaient tout le temps tu es trop gentille en fait. Dans ce monde-là, c’est vu comme une faiblesse, en effet. On revient à la question de départ. Pour moi, en effet, c’est hyper important pour ceux qui ont des positions de leader, des gens qui ont une équipe de faire preuve de gentillesse avec leurs collègues, leurs collaborateurs.
C’est une qualité de nouveau ou une attitude quand tu la mets en action tu la nourris et il y a un effet boomerang. En tout cas moi je l’observe. C’est quand en entretenant une bonne relation avec les autres, par ce que tu vas être gentil avec les autres, tu vas leur rendre un service. Par exemple si toi ça ne t’impacte pas dans ta journée de travail de dire oui quand on vient te demander quelque chose. A toi d’évaluer : Est-ce que j’ai le temps ? Et de dire oui. Le jour où toi tu as besoin tu le reçois en retour. Et en tout cas pour moi, dans mon expérience, ça a été génial parce que le fait d’avoir été gentille tout le temps avec tout le monde, du coup je pouvais demander ce que je voulais à tout le monde, ou quasi. Et sans abuser. Si j’avais besoin de quelque chose, demander a toujours été facile. D’ailleurs ça me touche d’en parler, ça me replonge à des endroits il y a longtemps (émotion), mais c’était génial par ce qu’on me disait comment tu fais, moi quand je demande quelque chose on me dit toujours non, il se braque, il ne me répond jamais et à toi on dit toujours oui. A l’époque je répondais je ne sais pas, mais en fait, maintenant je me rends compte que c’est parce que j’avais cette gentillesse envers eux tout le temps. Et donc après je la recevais en retour.

Dis-moi, est-ce que la gentillesse peut-être perçue comme de la manipulation ?


Oui, ça peut-être un levier pour manipuler. Mais non dans mon expérience, tout le monde a senti que ma gentillesse était authentique chez moi. Il est clair qu’on arrive à sentir si ça vient du cœur. Pour revenir dans le milieu du travail, j’ai vu des personnes et même des managers de qui on disait : «  il est trop gentil ». Mais le superlatif était utilisé à mauvais escient. Sa gentillesse venait d’ailleurs. C’est qu’ils n’osaient pas se positionner. Et du coup on avait l’impression qu’on avait en face quelqu’un que tu peux manipuler comme tu le veux. C’est le risque. Là, ceux qui sont malveillant profitent de ceux qui sont « trop gentil ». C’est une mauvaise étiquette qu’on leur colle. Pour moi, on ne peut jamais être trop gentil. Pour moi c’est vraiment une force. La gentillesse OUI, la manipulation NON…

Gentillesse en recherche d’emploi. On parle de posture dans les entretiens, dans les démarches que l’on peut avoir ? Dans un premier contact ? Dans une lettre ? un document ?


La gentillesse c’est quand on est en relation avec quelqu’un. Ce n’est pas quelque chose qui transparaît dans une lettre. C’est-à-dire que dans une lettre, tu vas parler de toi, de ton expérience, de l’entreprise pour faire le lien. Mais je ne mettrais pas dans une lettre que je suis quelqu’un de gentil. La gentillesse est une chose que l’on peut observer au contact des autres. Et dans un entretien, c’est déjà rester soi-même, mais faire attention : être dans la bienveillance, de la façon dont tu es toi avec l’autre et prendre en considération les autres personnes dans la pièce. Mais être gentil envers soi-même ou bienveillant envers soi-même, même pendant l’entretien ne veut pas dire se coucher à terre. Et si on vous demande ça et puis ça et puis encore ça. Ne pas forcément dire oui, oui, oui à tout pour avoir le job. Parce que du coup, eux, ils vont observer ta posture…. C’est à nouveau la bienveillance en étant très au clair d’être ok ou pas.

Donc la gentillesse se ressent dans la posture de la personne ?


Oui, pas mal aussi. Avec les autres oui, mais envers soi-même. On demande parfois dans certains entretiens si vous êtes flexibles, si vous êtes ok pour faire des heures supplémentaires. Et là, pour moi, ce n’est pas : « oui oui, bien sûr ». Je trouve que c’est important de se positionner. Pour moi c’est une preuve de maturité, de montrer que tu as un caractère et que tu sais ce que tu veux… ou pas. Ça peut ne pas correspondre pour l’employeur qui voudrait manipuler, mais ça veut dire qu’au moins la personne ne va pas se retrouver après dans un job où elle n’est pas bien car elle a dit oui à ça et ça ne lui correspond pas.
Et aussi, je dirais que oui, c’est du non-verbal, mais la gentillesse peut tout simplement s’entendre avec des mots réconfortants, en soutien à quelqu’un.

Une citation ?


Redonner à la gentillesse ses lettres de noblesse. Quelque chose comme ça…Je ne sais pas de qui c’est, mais ça me parle.

Une petite synthèse :


La gentillesse n’est pas une faiblesse, c’est plutôt une force en fait. Plus que ça, c’est une qualité, une attitude humaine. Je l’associe à la bienveillance, ça va ensemble pour moi bien que ça n’ait pas tout à fait le même sens. Je dis toujours que la bienveillance, c’est une attitude qui est une relation de soi à l’autre et la gentillesse, c’est pareil !

A propos de Claudia. Tu dirais quoi de toi ?


Je suis coach et facilitatrice, j’œuvre pour libérer les cœurs et à réaliser le plein potentiel de l’autre dans le but d’un monde plus fort, plus sécurisé, plus sécurisant surtout et meilleur.

Lien LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/claudiamilardo/
Facebook : https://www.facebook.com/claudiamilardosuisse

« Cessez d’être gentil, Soyez vrai ! » de Thomas D’Ansembourg
« Le pouvoir des gentils » de Franck Martin https://www.youtube.com/watch?v=g5dA9nCWLV0&t=628s&ab_channel=TEDxTalks

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